Toute une histoire – Hikikomori

« Au Japon, ils seraient 260.000 adolescents et jeunes adultes à décider soudainement de se couper physiquement du monde pour une durée indéterminée. »

FAUX

  1. Il s’agit d’environ 700.000 personnes. 260.000 est une sous-estimation.
  2. Ce n’est pas soudain : c’est toujours progressif, avec des signes au collège, puis une aggravation au lycée et une installation dans le retrait entre 20 et 30 ans.
  3. Ce ne sont pas majoritairement des adolescents pour lesquels on parle d’absentéisme scolaire (futôkô).

 

« La plupart des Hikikomori sont âgés de 15 à 35 ans. »

FAUX.

C’est imprécis. Selon une enquête épidémiologique et psychiatrique (Saitō et al. 2010 : 140*) :

  1. 99% ont plus de 20 ans. 65% ont plus de 30 ans.
  2. L’âge moyen est supérieur à 32 ans.
  3. L’âge moyen de déclenchement est supérieur à 20 ans.
  4. L’âge moyen lors du premier diagnostic est supérieur à 27 ans.

 

« Au Japon où l’on a beaucoup étudié le phénomène, qui est essentiellement masculin, on observe un fort problème de construction identitaire, en raison de l’incapacité des pères japonais à communiquer avec leurs enfants. »

FAUX : Rien ne prouve que les pères japonais soient incapables de communiquer avec leurs enfants. C’est une généralisation infondée et qui ne s’appuie sur aucune preuve tangible.

 

« On note aussi le fait d’enfants rois, enfant élevés dans une grande permissivité, surprotégés, qui décident de s’enfermer autant par caprice que par peur du monde extérieur, on a évoqué aussi une relation fusionnelle à la mère, renforcée par une absence de rivalité avec le père. »

Qui est ce « on » : « on » note « on » évoque ? Sur quoi s’appuie l’affirmation selon laquelle les personnes en retrait social sont des enfants surprotégés, qu’ils ont peur du monde extérieur, qu’ils ont « une relation fusionnelle à la mère renforcée par une absence de rivalité avec le père » ? A-t-on prouvé une différence avec les personnes non-hikikomori ?

La même question se pose concernant l’addiction à internet : y a-t-il une différence entre ceux qui sont hikikomori et ceux qui ne le sont pas ? Aucune étude ne montre que les hikikomori passent davantage de temps sur l’ordinateur et internet comparé à une population contrôle.

Note: Je commenterai l’émission lorsqu’elle sera disponible en replay.

*Saitō, Kazuhiko 齊藤万比古et al. 2010. Shishunki no hikikomori wo motarasu seishinka shikkan no jittai haaku to seishin igaku teki chiryō enjo shisutemu no kōchiku nikansuru kenkyū 思春期ひきこもりをもたらす精神科疾患の実態把握と精神医学的治療 ・ 援助システムの構築に関する研究. http://www.ncgmkohnodai.go.jp/pdf/jidouseisin/h19-jidouseisin.pdf

Japanese Postmodern Social Renouncers

My article about hikikomori is still free to read (top-viewed articles published in 2015, Palgrave journals) at the Social & Cultural Studies page on the Palgrave journals website. http://www.palgrave-journals.com/sub/journal/v8/n3/full/sub201511a.html

 

BAJS conference : my presentation’s references

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Current Research and Perspectives on Socially Withdrawn Youths (Hikikomori), Nicolas Tajan, Kyoto University

References

American Psychiatric Association (2013) Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders. 5th Edition: DSM-5 [Paperback]. Washington DC: American Psychiatric Publishing.

Arnett, J., Žukauskiene, R., Sugimura K., (2014) The new life stage of emerging adulthood at ages 18–29 years: implications for mental health. Lancet Psychiatry 2014(1): 569–576

Groleau, D., Young, A. and Kirmayer, L.J. (2006) The McGill illness narrative interview (MINI): An interview schedule to elicit meanings and modes of reasoning related to illness experience. Transcultural Psychiatry 43(4): 671–691.

Kato, T. et al. (2012) Does the Hikikomori syndrome of social withdrawal exist outside Japan? A preliminary international investigation. Social Psychiatry and Psychiatric Epidemiology 47(7): 1061–1075.

Kondo, N., Sakai, M., Kuroda, Y., Kiyota, Y., Kitabata, Y. and Kurosawa, M. (2011) General condition of Hikikomori (prolonged social withdrawal) in Japan: Psychiatric diagnosis and outcome in mental healths welfare centres. International Journal of Social Psychiatry: 1–8.

Lewis-Fernandez, R., Aggarwal, N. K., Hinton, L., Hinton, D. E., Kirmayer, L.J.Dsm-5(r) (2015) Handbook on the Cultural Formulation Interview (1st Edition) [Paperback]. Washington DC: American Psychiatric Publishing.

Ryder A, Sunohara M, Kirmayer LJ. Culture and personality disorder: from a fragmented literature to a contextually grounded alternative. Current Opinion in Psychiatry 2015;28(1):40–5.

Tajan, N. (2015a) Adolescents’ school non-attendance and the spread of psychological counselling in Japan. Asia Pacific Journal of Counselling and Psychotherapy. doi:10.1080/21507686.2015.1029502.

Tajan, N. (2015b) Social withdrawal and psychiatry: A comprehensive review of Hikiko- mori. Neuropsychiatrie de l’Enfance et de l’Adolescence 63(5) : 324-331, http://dx.doi.org/10.1016/j. neurenf.2015.03.008.

Tajan N., (2015c) Japanese post-modern social renouncers: An exploratory study of the narratives of Hikikomori subjects, Subjectivity 8: 283-304 | doi:10.1057/sub.2015.11

Uchida Y and Norasakkunkit V (2015) The NEET and Hikikomori spectrum: Assessing the risks and consequences of becoming culturally marginalized. Frontiers in Psychology. 6:1117. doi: 10.3389/fpsyg.2015.01117

Pour éviter la spirale du décrochage scolaire / médiapart

C’est un objectif du gouvernement : d’ici 2017, diviser par deux le nombre de “décrocheurs”, ces élèves qui sortent de l’école sans aucune qualification. Ils sont environ 140 000 chaque année à quitter le système éducatif sans diplôme ni formation (lire ici). Le lycée Alfred-Sauvy de Villelongue-dels-Monts (Pyrénées-Orientales), à 25 km de Perpignan, prépare aux métiers du bâtiment. En 2013, sur 500 élèves, 90 ont quitté l’établissement en cours de route (pour la plupart, une solution alternative a été trouvée)

La suite iciTerraz9